Le blog

L’œil à l’infini

J’ai participé à la session de Mars 2017. Mars, ça n’était pas un luxe que d’avoir un guerrier à ses côtés. Un guerrier ? oui un guerrier, car aussi pacifiques qu’étaient tous les membres de cette mission , chaque jour nous avons livré combat. Un combat souvent rude, non pas contre la misère, l’abandon ou l’injustice, mais un combat pour la Santé. Un combat pour raviver cette flamme, à l’abri sous des armures bien trop lourdes et bien trop encombrantes, pour de si petits corps d’enfants.
Dans mes bagages, pour patienter lors des escales, j’avais emmené un livre D’ Inoue Yasushi: « Le sabre des Takeda ».
La famille Takeda , en particulier son plus célèbre descendant Takeda Singen, s’illustra par son art de la stratégie militaire. A chaque bataille, pour le clan Takeda flottaient deux étendards. L’un rendait grâce au Dieu de Suwa (culte du dieu de la guerre), l’autre portait en lettres d’or sur fond bleu cette devise : Fu Rin Ka Zan. Cette devise reprenait une recommandation aux armées, faite par Sun Tse dans son « art de la guerre »: une armée rapide comme le Vent (Fu), silencieuse comme la Forêt (Rin), dévorante comme le Feu (Ka), impassible comme la Montagne (Zan). Takeda Shingen se rendit célèbre en appliquant à la lettre cette devise, remportant ainsi une
bataille qui semblait perdue d’avance, tant son armée était inférieure en nombre. Nous aurions pu, en toute modestie, nous aussi, broder cette devise sur la bannière de
docOSTEOcam.
Rapides, il nous fallait l’être, tant le nombre des enfants qui nous attendaient était grand. Rapides, aussi, pour trouver cette flamme et la raviver, sans se perdre dans les méandres de tissus déjà imprégnés de tant d’histoires. Rapides entre chaque soin, toujours faire face, ne pas baisser la
garde, jamais.
Silencieux et apaisants comme la forêt peut l’être quand elle amène fraicheur et repos. Mais dans le bois, rôde le loup. Alors, silencieux, pour ne pas le réveiller, laisser parler les tissus sans bruit, sans intentions. Silencieux pour recouvrir d’une serviette les petites filles engoncées dans leurs jupes plissées, cachant ce qu’elles taisent, ce qu’elles voudraient que personne ne voit.
Silencieux comme les « Mamans » prenant soin de ces enfants, jour après jour, avec bienveillance et humilité. Pour avoir eu entre les mains quelques unes d’entre elles, leur histoire n’a rien à envier à celle des enfants, malgré cela, l’amour qu’elles leur portent est sans limites.
Silencieux et respectueux devant tant d’amour et d’abnégation.
Dévorants comme le feu, quand le silence n’est plus de mise, quand la révolte gronde. Avançant en rang serré, taillant et pourfendant des hordes de « fantômes et de chimères » quand il devient urgent de préserver la flamme de leurs attaques.
Enfin, la Montagne, mes amis, mes frères d’armes, notre groupe. Impassible depuis ses cimes enneigées, jusqu’aux premiers contreforts couverts d’arbres agités par le vent, ployant parfois sous ses assauts. Qu’il était réconfortant de rencontrer, le sourire de l’un, le clin de d’oeil de l’autre, de voir un enfant endormi, apaisé entre des mains bienveillantes. Qu’il était bon de nous sentir respirer à l’unisson, tous tendus vers un seul but, unis sous la même bannière, malgré la diversité de nos origines, de nos formations.
Sur la route de Prey-Veng, où des vaches anorexiques paissent dans des rizières bordées de palmiers, nous nous sommes essayés au « Haïku ». Je vous livre l’un de ceux que j’ai commis, vrai faux « Haiku » berrichon du XXI°:

L’oeil à l’infini,
Attendant Souffle et Marée.
Valeureux frères d’armes

Je préfère finir avec celui-ci, vrai Haiku du XX° de Santoka moine zen (membre de la Nouvelle Tendance qui réclame l’abrogation du rythme 5-7-5):

Toute seule, en silence
la pousse de bambou
devient un bambou

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